vendredi 04 février

[Palabres] Pleurer devant sa télé…

Ça fait pas mal de fois maintenant que j’ai eu envie d’écrire un billet sur la télé ; j’ai failli vous parler du « Jerry Springer Show » et de sa mise en scène ridicule de situations imaginaires, de « Ça va se savoir », son équivalent européen, de la médiocrité des scénarii et des acteurs de « Plus jamais comme ça », un de ces nombreux intermèdes publicitaires-divertissements qui s’imposent à nous entre les infos et la météo, de « Super Nanny », « Oui Chef » et de la télé-simili-réalité en général, d’MTV et de ses rediffusions à répétition… Bref de ce qui me saoule.

J’aurais pu aussi vous parler des passages du Klub des Loosers et de TTC sur le plateau de « 20h10 pétantes », des sujets de la ravissante Tania Bruna-Rosso du « Grand journal » de Canal+, de « 93, Faubourg Saint-Honoré » et de « Paris Dernière » sur Paris-Première, de Tracks et de ses sujets dépaysants… Bref de ce qui m’amuse.

Mais hier je suis tombé sur les 15 ans d’ « Envoyé Spécial »… Quand je dis que je suis « tombé » dessus, c’est que je n’avais pas prévu de le regarder, alors que c’est souvent le cas, et qu’en zappant je m’y suis arrêté.

J’ai vu le reportage consacré aux « hôpitaux psychiatriques » en Russie : «  En 1996, une journaliste d’Envoyé Spécial découvrait l’horreur des internats ou 30 000 enfants handicapés étaient à l’agonie… ». 95% des parents ayant un enfant handicapé à la naissance l’abandonnent à l’Etat, ils sont alors considérés « inéducables » et son placés dans ces internats où l’ambiance est morbide et les couleurs absentes…

Les images, tournées à l’insu de l’administration, sont crues ; on y voit des enfants squelettiques, difformes, pâles. Ils se déplacent dans des lits à barreaux métalliques, ils bougent comme des animaux, ils semblent inconscients, il paraît qu’ils sont tellement peu nourris qu’ils mangent leurs excréments pour survivre… La présentation du sujet avait été explicite : « Certaines images sont difficiles », mais ce genre de phrase ne permet jamais de savoir ce qui se cache derrière le mot « difficile ». En voyant ces corps à peine mobiles et ces visages inhumains, ma gorge se serre, je n’essaie pas de lutter, mon écran de télé me donne froid, je pleure… Je me revoit alors une dizaine d’année plus tôt, dans les bras de mon père. C’est le week-end, on vient de finir de déjeuner, on est devant la télé et on regarde un reportage sur la situation des enfants en Ethiopie. On pleure tout les deux devant des images d’enfants rachitiques, la douleur crève l’écran… Je pense alors que si je pleure c’est que je suis petit, et que si mon père pleure, c’est qu’il m’accompagne dans la douleur…

Je me suis trompé, je ne pleurait pas parce que j’étais petit.

Hier aussi, devant ces enfants Russes, j’ai pleuré. Ça faisait longtemps que ça ne m’étais pas arrivé.

Je n’ai jamais pleuré devant un film, je ne suis pas un bon client pour la sensiblerie, mais la vérité d’un reportage, le saisissant d’une image, d’un visage, d’un corps à l’agonie fait de moi quelqu’un de différent. Ça faisait longtemps que ça ne m’étais pas arrivé.

Posté par Quentin à 15:51 - Palabres - [PL]